lundi 29 avril 2013

Dans les cales du monde social : Acte Unique et sans terme


Du self pas cher au bonnet rémunérateur ou l'intégration juvénile en lambeaux

Il s'agit ici d'examiner comment certains conseillers d'un "Espace-jeunes", et parmi eux spécifiquement plutôt les jeunes de sexe masculin, recourent à des techniques spécifiques lors des entretiens, visant, par des retournements successifs, à faire accepter aux jeunes, des stages ou des formations parfois très éloignées de ce que ceux-ci sont venus chercher. Ces conseillers tentent souvent de les faire entrer dans des dispositifs dont, la plupart du temps, les jeunes ignorent tout. Il faut dire que la compréhension de ces dispositifs nécessite, ne serait-ce que pour les conseillers, la maîtrise d'un vocabulaire technique en perpétuelle mutation, qui par ailleurs est systématiquement évoqué par ces derniers comme un coût d'entrée particulièrement élevé dans le métier. Ce vocabulaire spécifique opère, dans le même temps, une mise à distance des jeunes vis à vis du dispositif et entraîne une forte remise d'eux-mêmes aux conseillers. En effet, lors de l'entretien, l'utilisation de ce vocabulaire par le professionnel tend à créer la confusion dans l'esprit du jeune, qui rapidement perd pied. Alors que le jeune semble profondément désarmé, le conseiller le rassure généralement dans un second temps, en laissant par exemple entendre que le dispositif qu'il lui présente ne recouvre en réalité que deux choses simples, répondant à coups sûr à sa situation : la possibilité de faire des stages et la potentielle attribution d'une allocation.

Telle la situation que nous avons observée lors de l'entretien d'accueil de Damien, 22 ans. Après un bac STG, ce dernier échoue en première année de son BTS informatique. Il s'inscrit alors en fac d'histoire, qu'il délaisse rapidement pour faire quelques petits boulots. Intéressé par une formation en informatique, il se rend directement à l'AFPA, qui lui recommande de s'inscrire à l'"Espace-jeunes", avant de pouvoir prétendre à l'une de ses formations. Il y est reçu par Stéphane. Ce dernier parle vite, d'une voix forte et fait d'amples mouvements avec ses bras. En présentant d'emblée les missions et l'activité de l'institution, il signifie au jeune homme qu'il n'est qu'un « client » parmi les autres. Le conseiller repère les difficultés qu'a éprouvé Damien lors de son passage à la fac d'histoire, et joue de sa propre connaissance de l'environnement universitaire pour montrer sa proximité avec le jeune homme et, ainsi, lui confirmer qu'il a fait le bon choix en se tournant vers l'AFPA :

Stéphane : et effectivement la comparaison est juste... en fait, tu es passé de « je suis en cours » (en BTS informatique) à «je suis en vacances » (en fac d'histoire)(sourire) (…) Faut que la formation soit carrée. Alors, ce sera le cas avec l'AFPA,


Une fois cette proximité établie, le conseiller, face à la volonté affichée par le jeune de s'orienter vers l'informatique, infléchit alors le choix du jeune homme 

jeudi 18 avril 2013

Mauvaise pente

De toutes les façons peux pas poursuivre comme ça et puis poursuivre quoi au juste je demande ma vie celle-ci mais ne plus pouvoir marcher et puis s'endormir tous les soirs que Dieu fait et recommencer le matin raser manger attendre le bruit plus lent qu'avant des pages qui ne tournent plus à cause des mains raides et les coups de couteau au dos comme une sorte de foudre qui s'abat sur moi le vieux à présent juste du pouce la télécommande un deux trois et fixer là-bas les saules qui frôlaient l'eau et repéraient brochets et perches dans les oreilles les gosses dans la cour et leur ballon qu'avant j'aurai crevé avec d'autres sur la berge les cannes au rabais du Fabrègue et ma cave qui la boit les jeunes ne boivent plus les jeunes ne montent plus moi j'avais monté dans la hiérarchie mais eux pas pas en me reposant non bien dressé par le paternel à grands gnons dans la tronche et tu marches droit mais peux pas poursuivre non assez combien de temps moins long j'espère que la dernière fois ça n'avait pas marché la carabine c'est trop haut et puis mes mains qui m'obéissent plus non pas à dire je connais la formule celle-ci comme tant d'autres apprises pendant la route pour le Luxembourg responsable commercial Ouest-Europe oui Monsieur avec rien au départ sinon de la boue aux godasses quand je pense tout ça pour quatre gosses tous plus bas que moi j'ai chaud c'est à dire rien trois fois rien bien-sûr Simone excellente cuisinière repassait comme un as et pardon les réceptions les grands patrons en parlaient jusqu'au siège du chiffre en hausse encore encore  et des réceptions à Simone la volonté aussi maintenant c'est pas monnaie courante moi la dragée haute aux docteurs allemands combien d'heures à ingurgiter des formules du par-coeur dans tous les sens j'ai froid une sieste les informations dîner un deux trois avec le pouce et couché le corps brisé mais comme en plein jour cette fois la bonne c'est lancinant et recommencer pardon Simone mais toi tu sais tu dis rien mais tu sais je t'aperçois tu me parles tu avais enlevé la dernière fois le sac plastique de mon visage pourquoi ta main sur ma joue je ne la sentirai plus la peau comme du marbre des points blancs jaunes noirs un deux trois il y en a trop ce que je veux pour après j'aurais dû laisser un

mercredi 17 avril 2013

Hardcore or not hardcore : Métamorphoses de la ritournelle


L Mucchielli, "Le Rap et l'image de la société chez les jeunes de cités", Questions pénales, 1999 :



"L'analyse des textes conduit à insister ensuite sur la dimension primordiale que prend la dénonciation de l'injustice, de la domination et de l'oppression. Selon Bachmann et Le Guennec, " l'univers symbolique des banlieues donne à lire un partage manichéen : les pauvres tristes et humiliés contre les riches puissants et enviés. D'un côté le péril social et la honte. De l'autre, ceux qui ont tout, la richesse et le succès ". Ce jugement entérine une évidence massive pour les rappeurs. Précisons que l'injustice et la domination prennent deux dimensions dont ils conçoivent la liaison : la pauvreté matérielle et la condition d'enfant d'immigrés.
La pauvreté matérielle se mesure dans le contraste entre leurs familles et celles d'autres habitants du même pays, de la même ville, parfois du quartier voisin. L'égalité des chances est un mensonge de la société moderne : 



" Pourquoi fortune et infortune, pourquoi suis-je né /

Les poches vides, pourquoi les siennes sont-elles pleines de thune /

Pourquoi j'ai vu mon père en cyclo partir travailler / Juste avant le sien en trois pièces gris et BMW " 
(IAM, " Nés sous la même étoile ", 1997).



 " Tout a commencé sûrement / Le jour où je suis né /

Le jour où je n'ai pas croisé la bonne fée /

Qui aurait fait de moi / Ce que je ne suis pas /

Ceux qu'il m'arrive d'envier parfois / Ceux que la vie a doté d'une chance. " 

(NTM, " J'appuie sur la gâchette ", 1993)."






Depuis, un univers symbolique en a chassé un autre...



mardi 16 avril 2013

You cannot be serious !!!




La question qui pourrait tuer



"Confession en morceaux, éclats d'une parole crue, directe, et à la fois secrète, sur la vie, la nature, l'amour, le sexe, l'époque, c'est d'abord un livre sur son auteur même, qui traverse et éprouve tout, proie offerte à vif aux horreurs de la condition commune. Et qui invite à une telle intimité intellectuelle et spirituelle avec lui qu'il donne envie de l'interroger sur une expérience, elle, peu commune : être Houellebecq."

Et navré pour les autres...

samedi 13 avril 2013

Les sciences sociales sous le mépris de P. Assouline


S'il est un trait constant des lectures de Pierre Assouline, c'est bien le grand mépris dans lequel il tient les sciences sociales critiques, et surtout quand elles prétendent porter un autre éclairage sur la Grande Littérature, que celui du Génie, de l'Inspiration, de l'Anecdote Révélatrice de la Sublime Oeuvre, du Créateur Incrée.


Cas pratique n°1 : B. Lahire, un sociologue à éreinter



Kafka, chasse-gardée des biographes anecdotisants



Ce dont il s'agit réellement



Cas pratique n° 2 : P. Bourdieu, un sociologue à invisibiliser



P. Bourdieu, l'oublié volontaire de la recension d'Assouline des travaux sur Flaubert


Comme on sait bien que les "jurés" du Goncourt sont trop pris pour vraiment lire, un rappel audio du Flaubert de Bourdieu, à l'occasion de la parution de Les règles de l'art, 1992 :




vendredi 5 avril 2013

Des femmes, des arabes et des grands chefs sioux

Hommage à Monique Piton, figure des Lipp.

Pour comprendre le sort ultra-majoritairement fait aux femmes dans les luttes, elle remplace dans le discours le mot "femmes" par "arabes". Essayez, encore aujourd'hui et dans la plupart des segments de la vie sociale, ça fonctionne hélas magnifiquement. Avis, donc, aux thuriféraires de la "parité" ;  à ceux et celles qui croient au "mythe de l'égalité déjà là" comme l'écrit Christine Delphy ; à ceux et celles qui se satisfont la visibilité médiatique des dîtes "Femen",  du reste bien faîtes pour cela (que pour cela ?).


Christiane et Monique. Lip V (extrait)... par GENRIMAGES


Cas pratique littéraire : Elfriede Jelinek, prix Nobel 2004. L'attribution de cette distinction servira de prétexte à la démission de plus de la moitié des membres (mâles) du comité, révoltés par l'intrusion d'un "arabe" au sein de la plus haute instance (mâle) de consécration occidentale (blanche). 

Avant-goût : 

" (...) il me semble que Beckett a travaillé dans le sens d'un réductionnisme radical, tandis que les personnages chez moi ne s'assurent une existence qu'en parlant. Ils ne vivent que tant qu'ils parlent, parler devient une question de vie ou de mort. Beckett, en les réduisant au minimum, met à nu les mécanismes du discours hégémonique, alors que les femmes, elles, en sont encore à écrire pour exister, et de ce fait ont besoin de plus de mots. Tant qu'elles parlent (plus précisément tant qu'on parle d'elles, qu'on leur accorde un langage), elles peuvent également exister. Et ce, bien qu'elles ne prennent jamais la parole (...). Il en va de même de ce "nous", qui lui aussi est atypique. Il englobe à la fois l'apostrophe au lecteur, un nous collectif dans lequel l'auteur s'implique, mais il représente en même temps toute la palette des "lieux communs", proverbes, maximes, calembours, langage prétendument individuel, langage de la publicité, de l'industrie pornographique, etc. Un "nous" qui est là par dérision pour mieux mettre en évidence la destruction de ce type de discours, car il s'agit pour moi de démasquer l'idéologie véhiculée par les modèles collectifs". 

 "IL EST TEMPS QUE LANGUE SE METTE À PARLER".