mercredi 23 janvier 2019

La représentation artistique de l'idée chez Dostoïevski



 L'image, dans un texte quelqu’il soit, peut en être tout à fait absente, car c’est surtout  celle qui se créer au fil de la lecture qui va permettre aux récepteurs de se l'approprier, plus ou moins directement, plus ou moins aisément. La clarté d'expression, la précision et la force d'évocation de l'auteur y sont évidemment pour beaucoup.


Mais comment s'y prend réellement un auteur pour « faire voir » son texte à ses lecteurs, incarner ses très nombreux personnages quand il est souvent noté par les nombreux commentateurs de l’œuvre qu'il est, a posteriori, pratiquement impossible d'en reconstituer avec précision. Le fil de l'intrigue est soumis à un presque barbare enchevêtrement de rebondissements, à de détours improbables qui sont autant d'occasions pour l'auteur de faire surgir des figures mémorables – mais qui n'occupent qu'une place résiduelle dans l'économie du récit - , à une succession de scènes puissantes qui donnent à lire un pathos relayé par tous les protagonistes et où les dialogues abordent des thèmes lourds, obsédants et au sujet desquels chacun à son mot à dire.
Le flou des images produites est encore renforcé par la quasi-absence des descriptions physiques.
Et pourtant, l'auteur en question est un grand producteur d'images mentales durables, et souvent inoubliables pour le lecteur qui accepte d'être ainsi maltraité. Mais comment fait-il ?
Celui qui nous met sur la bonne piste est Zweig : « chez Dostoïevski nous voyons parce que nous entendons […] dans les effluves du mot, dans la fumée de hachisch de la parole, l'individu prends corps peu à peu […] Dès que ses personnages parlent, notre imagination les voit, leurs discours nous hypnotisent et nous transforme nous aussi en visionnaires. » (Trois maîtres. Balzac, Dickens, Dostoïevski. 1951).
Pour creuser cette piste, il nous faut maintenant aller chercher du côté de Bakhtine et de sa Poétique de Dostoïevski (1929, et 1970 pour la remarquable traduction française d'Isabelle Kolitcheff qui suit). En effet, de quoi sont faits « les effluves », « la fumée » qui pourtant forment mots et finissent par faire images ?

Selon Bakhtine, Maître Fédor s'est attelé à forger « la représentation artistique de l'idée » :
« L'idée, telle que la voyait le peintre Dostoïevski, n'est pas une formation subjective individuelle et psychologique, avec une « résidence fixe » dans la tête de l'homme ; elle est interindividuelle et intersubjective ; elle « est » non pas dans la conscience individuelle, mais dans la communication dialogique entre les consciences. L'idée est un événement vivant qui se déroule au point de rencontre dialogique entre deux ou plusieurs rencontres. Prise ainsi ; elle est semblable au mot avec lequel elle forme une unité dialectique. Comme le mot, elle demande à être entendue et comprise par d'autres voix, à recevoir des répliques sous différents angles. Comme le mot, l'idée est dialogique par nature, le monologue n'étant qu'une forme d'expression compositionnelle et conventionnelle, engendrée par le monologisme idéologique (les personnages n'exprime seulement que les idées de l'auteur).
Or Dostoïevski voyait et peignait l'idée précisément comme un événement vivant, se déroulant entre plusieurs voix-consciences. C'est cette découverte artistique de la nature dialogique de l'idée, de la conscience, et de tout ce qui dans la vie humaine est éclairé par la conscience qui fit de lui un grand peintre de l'idée.
Dostoïevski n'exprime jamais sous une forme monologique des idées toutes faites, mais ne décrit pas davantage leur devenir psychologique dans une seule conscience individuelle, car, dans l'un comme dans l'autre cas, les idées cesseraient d'être des images vivantes (c'est nous qui soulignons).
Rappelons par exemple le premier monologue intérieur de Raskolnikov […] Il n'y a là aucun devenir devenir psychologique de l'idée dans une seule conscience fermée. Au contraire, la conscience solitaire de Raskolnikov devient une arène où s'affrontent les voix d'autrui ; les événements des jours écoulés (la lettre à sa mère, la rencontre avec Marmeladov) imprègne fortement son âme, et prennent la forme d'un dialogue tendu avec des interlocuteurs absents (sa sœur, sa mère, Sonia, etc.), et c'est dans ce dialogue qu'il tente de « résoudre sa pensée ».
Avant le début de l'action décrite par le roman, Raskolnikov avait publié dans un journal un article sur le fondement théorique de son idée. Dostoïevski ne représente nulle part cet article sous une forme monologique. Nous faisons connaissance pour la première fois avec son contenu, et, par conséquent, avec l'idée fondamentale de Raskolnikov, dans sa conversation angoissée avec Porphyre [….]. C'est Porphyre qui ouvre le feu en exposant l'article d'une manière volontairement exagérée et provocante. Son mot, intérieurement dialogisé, est sans cesse coupé par des questions à Raskolnikov et les répliques de celui-ci. Ensuite, c'est Raskolnikov qui formule lui-même son idée, alors que Porphyre l'interrompt par des questions et des remarques provocantes. Les paroles de Raskolnikov sont pénétrées d'une polémique intérieure avec le point de vue de Porphyre ou de ses semblables […]. En fin de compte, l'idée de Raskolnikov nous apparaît dans la zone interindividuelle où se combattent âprement plusieurs consciences, et, par ailleurs, le côté théorique de l'idée se combine étroitement avec les dernières positions prises dans la vie par les protagonistes du dialogue.
L'idée de Raskolnikov dévoile dans ce dialogue ses différentes facettes, nuances, possibilités, elle établit des relations diverses avec d'autres prises de position. En perdant son achèvement monologique, abstrait et théorique, suffisant à une seule conscience, l'idée acquiert une complexité contradictoire et une multiplicité d'aspects qui en font une idée-force, naissant, vivant, et agissant dans le grand dialogue de l'époque dostoïevskienne et répondant aux idées similaires des époques antérieures. C'est cela, l'image de l'idée.
[…] Rappelons également l'idée d'Ivan Karamazov, du « tout est permis » si l'âme n'est pas immortelle. Quelle vie dialogique intense mène cette idée au long du roman, quelles voix hétérogènes la reprennent, quels contacts dialogiques inattendus elle provoque !
À ces deux idées (celle de Raskolnikov et celle d'Ivan Karamazov) se mêlent les reflets d'autres idées, de même qu'en peinture une couleur perd sa pureté abstraite par la réflexion de tons environnants, mais en revanche acquiert une vie hautement artistique. »


mardi 22 janvier 2019

La révolution baudelairienne




Baudelaire nomothète

Extrait des Règles de l’art, P. Bourdieu, 1992.

(…) Dans la phase critique de la constitution d’un champ autonome revendiquant le droit de définir lui-même les principes de sa légitimité, les contributions à la mise en question des institutions littéraires et artistiques (dont le renversement de l’Académie de peinture et du Salon marquera le sommet) et à l’invention et à l’imposition d’un nouveau nomos sont venues des positions les plus diverses : d’abord de la jeunesse en surnombre du Quartier latin qui dénonce et sanctionne, notamment au théâtre, les compromissions avec le pouvoir ; du cénacle réaliste des Champfleury et Duranty, qui opposent leurs théories politico-littéraires à l’ »idéalisme » conformiste de l’art bourgeois ; enfin et surtout des tenants de l’art pour l’art. En effet, les Baudelaire, Flaubert, Banville, Huysmans, Villiers, Barbey ou Leconte de Lisle ont en commun, par-delà leurs différences, d’être engagés dans une œuvre qui se situe aux antipodes de la production asservie aux pouvoirs ou au marché et malgré leurs concessions discrètes aux séductions des salons ou même, avec Théophile Gautier, de l’Académie, ils sont les premiers à formuler clairement les canons de la nouvelle légitimité. Ce sont eux qui, faisant de la coupure avec les dominants les principes de l’existence de l’artiste en tant qu’artiste, l’instituent en règle de fonctionnement du champ en voie de constitution. Ainsi, Renan peut prophétiser : « Si la révolution se fait dans un sens absolutiste et jésuitique, nous réagirons vers l’intelligence et le libéralisme. Si elle se fait au profit du socialisme, nous réagirons dans le sens de la civilisation et de la culture intellectuelle qui souffrira évidemment d’abord de ce débordement… »
Si, dans cette entreprise collective, sans dessein explicitement assigné ni meneur expressément désigné, il fallait nommer une sorte de héros fondateur, un nomothète, et un acte initial de fondation, on ne pourrait évidemment penser qu’à Baudelaire et, entre autres transgressions créatrices, à sa candidature à l’Académie française, parfaitement sérieuse et parodique à la fois. Par une décision mûrement délibérée, jusque dans son intention outrageante (c’est le fauteuil de Lacordaire qu’il choisit de briguer), et vouée à apparaître tout aussi bizarre, voire scandaleuse, à ses amis du camp de la subversion qu’à ses ennemis du camp de la conversation, qui tiennent précisément l’Académie et devant lesquels il choisit de se présenter – il les visitera un à un –, Baudelaire défie tout l’ordre littéraire établi. Sa candidature est un véritable attentat symbolique, et beaucoup plus explosif que toutes les transgressions sans conséquences sociales que, à peu près un siècle plus tard, les milieux de la peinture appelleront des « actions » : il met en question, et au défi, les structures mentales, les catégories de perception et d’appréciation qui, étant ajustées aux structures sociales par une congruence si profonde qu’elles échappent aux prises de la critique de la plus radicale en apparence, sont au principe d’une soumission inconsciente et immédiate à l’ordre culturel, d’une adhésion viscérale qui se trahit par exemple dans l’ »ébahissemnt » d’un Flaubert, pourtant capable en tous de comprendre la provocation baudelairienne.

Flaubert écrit à Baudelaire qui lui avait demandé de recommander sa candidature auprès de Jules Sandeau : « J’ai tant de questions à vous faire et mon ébahissement a été si profond qu’un volume n’y suffirait pas ! » (26/01/1862). Et à Jules Sandeau , avec une ironie toute baudelairienne : « Le candidat m’engage à vous dire « ce que je pense de lui ». Vous devez connaître ses œuvres. Quant à moi, certainement, si j’étais de l’honorable assemblée, j’aimerais à le voir assis entre Villemain et Nisard ! Quel tableau ! » (26/01/1862).

En présentant sa candidature à une institution de consécration encore largement reconnue, Baudelaire, qui ignore moins que personne l’accueil qui sera fait, affirme le droit à la consécration que lui confère la reconnaissance dont il jouit dans le cercle étroit de l’avant-garde ; en contraignant cette instance à ses yeux discréditée à manifester au grand jour son incapacité de le reconnaître, il affirme aussi le droit, et même le devoir, qui incombe au détenteur de la nouvelle légitimité, de renverser la table des valeurs, obligeant ceux-là mêmes qui le reconnaissent, et que son acte déconcerte, à s’avouer qu’ils reconnaissent encore l’ordre ancien plus qu’ils ne le croient. Par son acte contraire au bon sens, insensé, il entreprend d’instituer l’anomie qui, paradoxalement, est le nomos de cet univers paradoxal que sera le champ littéraire parvenu à la pleine autonomie, à savoir la libre concurrence entre des créateurs-prophètes affirmant librement le nomos extra-ordinaire et singulier, sans précédent ni équivalent, qui les définit en propre. C’est bien ce qu’il dit à Flaubert dans sa lettre du 31 janvier 1862 : « Comment n’avez-vous pas deviné que Baudelaire, ça voulait dire : Auguste Barbier, Théophile Gautier, Banville, Flaubert, Leconte de Lisle, c'est-à-dire littérature pure ? »
Et l’ambiguïté de Baudelaire lui-même, qui, tout en affirmant jusqu’au bout le même refus obstiné de la vie « bourgeoise », reste malgré tout anxieux de reconnaissance sociale (n’a-t-il pas rêvé un moment de Légion d’honneur ou, comme il l’écrit à sa mère, de la direction d’un théâtre ?), fait voir toute la difficulté de la rupture que les révolutionnaires fondateurs (les mêmes balancements s’observent chez Manet) doivent opérer pour instaurer un ordre nouveau. De même que la transgression élective du novateur (on pense au Torero mort de Manet) peut apparaître comme maladresse de l’incompétence, de même l’échec délibéré de la provocation reste un échec, au moins aux yeux des Villemain ou même des Sainte-Beuve – qui conclut son article du Constitionnel consacré aux élections académiques par ces notations pleines de perfide condescendance : « Ce qui est certain, c’est que M. Baudelaire gagne à être vu, que là on où s’attendait à voir entrer un homme étrange, excentrique, on se trouve en présence d’un candidat poli, respectueux, exemplaire, d’un gentil garçon, fin de langage et tout à fait classique dans les formes. »
Il n’est sans doute pas facile, même pour le créateur lui-même dans l’intimité de son expérience, de discerner ce qui sépare l’artiste raté, bohème qui prolonge la révolte adolescente au-delà de la limite socialement assigné, de l’ »artiste maudit », victime provisoire de la réaction suscitée par la révolution symbolique qu’il opère. Aussi longtemps que le nouveau principe de légitimité, qui permet de voir dans la malédiction présente un signe de l’élection future, n’est pas reconnu de tous, aussi longtemps donc qu’un nouveau régime esthétique ne s’est pas instauré dans le champ, et, au-delà, dans le champ du pouvoir lui-même (le problème se posera dans les mêmes termes à Manet et aux « refusés » du Salon), l’artiste hérétique est voué à une extraordinaire incertitude, principe d’une terrible tension.
C’est sans doute parce qu’il a vécu, avec la lucidité des commencements, toutes les contradictions, éprouvées comme autant de double binds, qui sont inhérentes au champ littéraire en voie constitution, que personne n’a mieux que Baudelaire le lien entre les transformations de l’économie et de la société et les transformations de la vie artistique et littéraire qui placent les prétendants au statut d’écrivains ou d’artistes en face de l’alternative de la dégradation, avec la fameuse « vie de bohème », faite de misère matérielle et morale, de stérilité et de ressentiment, ou de la soumission tout aussi dégradante aux goûts des dominants, à travers le journalisme, le feuilleton ou le théâtre de boulevard. Critique forcené du goût bourgeois, il s’oppose avec la même vigueur à l’ «école bourgeoise » des « chevaliers du bon sens » menée par Emile Augier, et à l’ « école socialiste », qui acceptent l’une et l’autre le même mot d’ordre (moral) : « Moralisons ! Moralisons ! » (…)

(…) [Baudelaire] vit et décrit avec la dernière lucidité la contradiction que lui a fait découvrir un apprentissage de la vie littéraire accompli dans la souffrance et la révolte, au sein de la bohème des années 1840 : l’abaissement tragique du poète, l’exclusion et la malédiction qui le frappent lui sont imposés par la nécessité extérieure en même temps qu’ils s’imposent à lui, par une nécessité toute intérieure, comme la condition de l’accomplissement d’une œuvre. L’expérience et la conscience de cette contradiction font que, à la différence de Flaubert, il place toute son existence et toute son œuvre sous le signe du défi, de la rupture, et qu’il se sait et se veut à jamais irrécupérable.

Si Baudelaire occupe dans le champ une position assimilable à celle de Flaubert, il y apporte une dimension héroïque, fondée sans doute dans sa relation avec sa famille, qui le conduira, au moment de son procès, à une attitude très différente de celle de Flaubert, prêt à faire jouer l’honorabilité bourgeoise de sa lignée, et qui est responsable aussi d’une longue plongée dans la misère de la vie de bohème. Il faut citer la lettre qu’il écrit à sa mère, « exténué, de fatigue, d’ennui, d’ennui et de faim » : « Envoyez-moi [...] de quoi vivre une vingtaine de jours […]. Je crois si parfaitement à l’emploi du temps et à la puissance de ma volonté que je sais positivement que si je parvenais à mener, quinze ou vingt jours durant, une vie régulière, mon intelligence serait sauvée. » Alors que Flaubert sort du procès de Madame Bovary grandi par le scandale, élevé au rang des plus grands écrivains du temps, Baudelaire connaît, après le procès des Fleurs du Mal, le sort du homme « public », certes, mais stigmatisé, exclu de la bonne société et des salons que fréquente Flaubert et mis au ban de l’univers littéraire par la grande presse et les revues. En 1861, la seconde édition des Fleurs du mal est ignorée par la presse, donc par le grand public, mais impose son auteur dans les milieux littéraires, où il conserve de nombreux ennemis. Par la suite continue de défis qu’il lance aux bien-pensants, dans sa vie autant que dans son œuvre, Baudelaire incarne la position la plus extrême de l’avant-garde, celle de la révolte contre tous les pouvoirs et toutes les institutions, à commencer par les institutions littéraires.

Sans doute est-il amené à prendre peu à peu ses distances avec les complaisances réalistes ou humanitaires de la bohème, monde avachi et inculte, qui confond dans ses insultes les grands créateurs romantiques et les plagiaires trop honnêtes de la littérature embourgeoisée, et à lui opposer l’œuvre à faire dans la souffrance et le désespoir, comme Flaubert à Croisset.

(…) Mais il ne renie jamais ce qu’il a acquis à l’occasion de son passage par les régions les plus déshéritées du monde littéraire, donc les plus favorables à une perception critique et globale, désenchantée et complexe, traversée de contradictions et de paradoxes, de ce monde lui-même et de tout l’ordre social ; le dénuement et la misère, bien qu’ils menacent à tout moment son intégrité mentale, lui apparaissent comme le seul lieu possible de la liberté et le seul principe légitime d’une inspiration inséparable d’une insurrection.

Pierre Bourdieu.





           

lundi 7 janvier 2019

L'Etablissement



L’Etablissement


Au sein de l’Etablissement
Il y a des conseillers

Des conseillers dédiés aux entreprises
Des conseillers dédiés à l’indemnisation
Des conseillers dédiés à l’accompagnement des demandeurs d’emploi (DE)

Au sein de l’Etablissement
Il y a trois modalités d’accompagnement des demandeurs d’emploi
La modalité dite Guidée (portefeuille de 400 DE)
La modalité dite Renforcée (portefeuille de 70 DE)
La modalité dite Suivi (portefeuille de 1000 DE)

L’enjeu majeur pour un conseiller en charge de la modalité Suivi est de ne jamais rencontrer physiquement ses DE. Le Suivi se fait exclusivement par mail ou par entretien vidéo. Les DE ressortissants de la modalité Suivi sont considérée par l’Etablissement comme les plus autonomes. C’est la crème des DE.

Au sein de l’Etablissement
Les demandeurs d’emploi sont distribués en catégories qui dépendent de leur ancienneté d’inscription auprès de l’Etablissement.

Il y a les demandeurs d’emploi nouvellement inscrits
Il y a les demandeurs d’emploi de longue durée
Il y a les demandeurs d’emploi de très longue durée

C’est en fonction des besoins d’accompagnement des demandeurs d’emploi que
NON
C’est en fonction de la volonté de l’Etablissement
Qui ne fait que relayer la volonté du Gouvernement
Que se construit l’offre de services de l’Etablissement
C'est-à-dire les prestations offertes aux demandeurs d’emploi par l’Etablissement

En 2015, l’Etablissement a refondu la quelque dizaine de prestations proposée et qui était délégué à de petits organismes de formations locaux

L’Etablissement a donc pensé qu’il serait plus efficient de refondre l’ensemble des prestations
Des prestations qui avaient pourtant faits leurs preuves, rôdées, éprouvées
En seulement trois prestations

L’Etablissement a donc recouru à un système national d’appel d’offres, les petits organismes de formation locaux furent conviés, eux-aussi, à répondre.
Mais les petits organismes de formation n’ont pas eu les moyens de répondre aux exigences des prestations, dont certaines demandaient un exorbitant investissement numérique, notamment pour le suivi à distance.

C’est donc logiquement que l’Etablissement a retenu des énormes groupes, à l’origine aucunement spécialisés dans l’accompagnement vers l’emploi, mais qui avaient pu s’équiper conformément aux exigences de l’appel d’offres de l’Etablissement, pour des dizaines de millions d’euros.

Les salariés des petits organismes de formation qui dispensaient les anciennes prestations de l’Etablissement ont donc perdu leur emploi.

Dans le même laps de temps, l’Etablissement a acheté des MOOCS à une société privée. Le MOOC pour rédiger sa lettre de motivation. Le MOOC pour bien réussir son entretien d’embauche. Le MOOC pour bien faire valoir ses atouts auprès des employeurs. C’était la même société privée qui avait mené la campagne numérique de Ségolène Royal.

Tout cela rentrait dans le cadre de la campagne de l’offre numérique du Service public. Même si l’Etablissement n’est plus un Service public.
Ca a fait plaisir au Gouvernement.
Dans le cadre de cette modernité numérique volontariste, on comprend aisément que l’inscription auprès de l’Etablissement ne se fasse plus que par le biais du site internet de l’Etablissement.

Il en est de même pour l’indemnisation.
C’est le MADU (Moteur Automatisé du Dossier Unique du demandeur d’emploi) qui détecte les justificatifs (attestation employeur, bulletin de salaire) que les demandeurs d’emploi auront eux-mêmes scannés et déposés sur leur espace personnel.

Dans ce contexte, l’Etablissement invite plus que fortement ses conseillers indemnisation à devenir des conseillers emploi.
Car à terme, selon les vœux de l’Etablissement, les conseillers indemnisation vont inexorablement disparaître. En effet, ils sont remplacés par le MADU.

Le conseiller indemnisation ne sera amené à intervenir si et seulement si le MADU aura été défaillant en ne détectant pas les pièces déposées par les demandeurs d’emploi dans leur espace personnel.

Pourtant, l’Etablissement avait longtemps encouragé la double compétence (indemnisation ET accompagnement vers l’emploi) : il appelait ça la culture commune.

Mais l’Etablissement change de culture comme de chemise, au gré des vents gouvernementaux.

L’Etablissement ne veut plus entendre parler de curriculum vitae
L’Etablissement veut qu’on dise dorénavant : profil de compétences

Une compétence, c’est un ensemble de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être, utilisé dans un contexte professionnel.

SAVOIR-ÊTRE

Selon les membres de l’Etablissement, c’est de ce côté que ça pèche chez les demandeurs d’emploi.
Ils ont du mal à SAVOIR-ÊTRE.
La preuve en est qu’entre conseillers, on ne se dit pas :
« Il y a Mme Durand ou Mr Martin qui voulait te voir au sujet de son entrée en formation et de sa rémunération-région »
Mais :
« Y a ta petite dame ou ton p’tit monsieur qui voulait te voir »

Les demandeurs d’emploi ne savent être
Qu’en petit.
Forcément… Ces salauds, ils bossent pas. Dans l’ethos d’un conseiller, la plus haute marque de moralité des femmes et des hommes ne se mesure qu’à l’emploi qu’il ou elle occupe.
Hors de l’emploi, point de salut !

Si un demandeur d’emploi ne se rend pas à une convocation envoyée par son conseiller, il se voit radié des listes et perd son allocation.
Le demandeur d’emploi se fait petit pour passer sous les crocs menaçants de la radiation car ça lui paraît énorme la radiation au demandeur d’emploi.
Pour un conseiller, c’est rien.
Il coche trois, quatre cases dans le logiciel de l’Etablissement et la radiation disparait.

Mais le conseiller le fait rarement car le logiciel sait tout des activités du conseiller et comme dans un tribunal, il y a de redoutable maîtres des requêtes informatiques au sein de l’Etablissement.
Il le fait rarement. Autrement, il ne serait pas conseiller.
C’est son tout petit pouvoir à lui au sein de l’Etablissement. Quand il s’en sert, il prend des airs de conspirateur et s’assure qu’il n’y a personne aux alentours.
On croit trop souvent que les conseillers ont du pouvoir.
Ils n’en n’ont aucun.
Et ça, on ne peut le savoir qu’en faisant partie de l’Etablissement.
Quand il veut prendre une initiative ou rencontre une difficulté
Il lui faut en référer au référent de la question
Lequel en réfèrera à son N+1
Lequel pourra faire intervenir le N+2
Lequel à son tour pourra, si c’est nécessaire, en référer au N+3

Et la somme de (N+1) + (N+2) + (N+3) + (N+4) etc. est égale à un grand sac de N

C’est en faisant partie de l’Etablissement que je suis moi-même devenu, insensiblement
UN SAC DE HAINE


lundi 26 novembre 2018

La vie, c'est comme lécher un mur



La vie, c’est comme lécher un mur


Je ne me souviens plus comment j’ai atterri là.
C’était il y a quelques semaines.
C’était il y a quelques mois.
C’était il y a quelques années.

C’est quand tu as dit
J’en ai assez que tu m’emmures
J’avais répondu je t’emmure pas
Tu as répété si tu m’emmures
J’ai dit je comprends pas ce que tu dis je t’emmure pas du tout
Tu as dit c’est une façon de parler
Tu m’emmures avec ton silence
Tu m’emmures avec ton goût à rien
Tu m’emmures avec tes problèmes de relations
Tu m’emmures avec ta musique sans paroles
Tu m’emmures avec cet air que tu prends quand les gens parlent

C’est comme si tu avais un sourire inversé
Quand les gens rient toi tu fais la gueule
D’ailleurs tu veux jamais les voir les gens
C’est pour ça que je dis tu m’emmures
Parce qu’on dirait que pour toi
La vie, c’est comme lécher un mur

Je me souviens vaguement m’être rassemblé
Avoir je veux dire rassemblé tout mes forces bien contre ma langue
Et je t’ai dit que oui
Bien-sûr
La vie, c’est comme lécher un mur
Mais qu’avec toi quand je lèche le mur, il est un peu moins sec
Et alors t’es devenue t’es devenue d’un blanc que je connais bien
Le blanc d’un mur récemment crépi

Et tu as dit mais je suis pas ton lubrifiant

Alors depuis ces temps
Je lèche le mur sans lubrifiant
Directement avec la langue

J’ai essayé des lubrifiants de toutes sortes
J’ai essayé le lubrifiant à base de drogues
Je voyais toujours pas le bout de mon mur
J’ai essayé le lubrifiant à base de médicaments
J'ai essayé le lubrifiant à base d'alcool
J’avançais pas plus du léchage
J’ai essayé le lubrifiant avec les personnes d’un sexe
J’ai essayé le lubrifiant avec les personnes de l’autre sexe
Il me semblait que plus je le léchais plus mon mur il s’allongeait
J’avais la langue en sang
Alors je me suis dit
Tout bêtement
Arrête de lécher pour voir

Du coup, mon mur il a en profité pour se refaire une santé
Et je me suis trouvé avec le double à lécher
Le double de mon mur
C'est-à-dire quand je dis le double
C’est le miroir de mon mur
Un mur de chaque côté

Avec rien que ma langue
Ma seule et unique langue
Pour deux murs qui se font face

Pendant que je lèche j’ai évidemment les yeux libres
J’ai bien vu qu’ils commençaient à se rejoindre par les bouts
Mes deux murs

Avec moi et ma langue au milieu

Alors il faut que je lèche plus vite

Ou alors il faut que je les abatte ces murs
Mais ma langue n’est pas dure
Elle n’est pas souple et belle non plus
C’est rien qu’une langue qui lèche depuis mon origine

A moins que je ne me l’arrache
Et la vie, ce ne sera plus comme lécher un mur

dimanche 25 novembre 2018

Ça, c'est pas bibi




Ça, c’est pas bibi


Vous avez remarqué comme quand on lui pose une question sur ses intentions ou ses décisions
Bibi il a pris l’habitude de dire c’est pas bibi
Alors que tout le monde sait que c’est bibi
Bibi il se pose pas de question alors bibi il aime pas qu’on lui en pose
Surtout quand c’est lui.
Le grand truc à bibi c’est donc de dire que ça, c’est pas bibi
Bibi il dit : C’est ceux d’avant
Sauf que bibi il dit pas qu’il en était un peu de ceux d’avant
C’est bibi qu’était secrétaire adjoint de l’Elysée
C’est bibi qu’était ministre de l’économie
C’est donc bibi
Le CICE
Le Pacte de responsabilité
La Loi Travail
C’est pas bibi qui disait qu’il faut arrêter de porter des tee-shirt
Et mettre une belle cravate comme lui,bibi
C'est-à-dire que bibi il se dit que dans cet avant-là, où il était
Il était encore petit, dans sa belle minorité de bibi
Et quelque chose me dit que bibi, en 2008
Tout à fait hasard
Il aurait été tout à fait capable avec ses petit doigts enfantins de bibi junior dans sa banque d’affaires de faire éclater des bulles de sub-primes
Mais ça, c’est certainement pas bibi qui connaissait pas du tout les cours, les portefeuilles d’actions, les filères et les filiales, les salons, les arrières-salons, les cagibis de ces affaires-là.

Maintenant, bibi et sa bande ils sont aux commandes et ça, pour bibi, c’est un job facile
Il suffit d’avoir les yeux rivés sur un cap et rien d’autre
Mal payé
Mais facile comme job
Bibi a juste traversé quelques rues
Bibi il sort quelque fois de sa rue d’origine
Et il va visiter plein de trucs
Des écoles, des entreprises, des sous-marins, des tas de machins
Et c’est là que bibi
A chaque fois il parle à tort et à travers
Il peut pas s’empêcher bibi, où qu’il va, il fait des bourdes

Par exemple, quand il a fait sa première rentrée scolaire dans son nouveau et beau costume de maintenant, bibi a dit à un gamin que pour gagner de l’argent fallait surtout pas, mais alors surtout pas, être Président de la République.
Là où il a raison bibi, c’est pour la retraite. Et puis membre de droit du Conseil constitutionnel, c’est aussi la grande précarité.
Bibi il a une pédagogie bien à lui.
Que personne comprend trop, sauf lui et sa bande
D'ailleurs, ils sont d’accord qu’ils en font pas assez, de la pédagogie
Pour expliqué au petit peuple ce fameux cap mystérieux qu’il s’agit de tenir
Et pour l’aider à tenir son cap, bibi rencontre souvent sa tata allemande
Comme ça, bibi il a moins les pétoches quand il voit se pointer l’américain et le russe

Mais à force des bourdes dans sa pédagogie, bibi il est tout fatigué
Et quand bibi, il est fatigué
Bibi il va faire le mariole à Honfleur en blouson d’aviateur et il dit « mais non, moi bibi je suis pas fatigué » et il rentre dans les bistrots pour payer des coups à son petit peuple.
Des fois, bibi il est obligé de bien répéter cinq ou six fois que c’est pour lui la tournée car tout le monde dans les bistrots à l’air de s’en foutre comme de la première culotte à bibi.

Mais bibi, avec ses hautes fonctions, parce qu’il est quand même le chef suprême des armées le bibi, il peut pas se permettre de fréquenter que les troquets.

Il accueille les grandes et les grands de ce monde, des tas de gens très importants.
Le petit peuple, c’est bien gentil cinq minutes.
Et pour les accueillir, bibi il fait mettre les petits plats dans les grands et donc bibi, en tout bibi chef suprême qu’il est,
Il décide de faire changer la vaisselle du palais qu’il trouvait dépareillée
Pour 500 000 euros, bref pour bibi une vraie broutille et là, bibi s’est pas trop cassé question pédagogie : il a fait faire une boutique où y a des tasses, des assiettes, des tee-shirts où l’on a la chance de revoir bibi hystérique à la Coupe du Monde.

Mais en dehors de maintenir le cap, la vraie vocation de bibi c’est les arts et la langue.
Faut le comprendre bibi, depuis le lycée, il a sa prof de français sur le dos, ou inversement. Enfin ils font ce qu’ils veulent.

Le vrai truc à bibi, c’est les commémorations des troubadours du passé aux Invalides :
D’Ormesson, Hallyday, Aznavour.
Bibi, il doit d’abord montrer qu’il maîtrise les fondamentaux.
Dans le secret de son cœur, bibi aimerait commémorer un jour aux Invalides un authentique et véritable penseur d’envergure qui a influé sur la marche de son temps
Comme Xavier Niel, Mathieu Pigasse, Jean Quatremer ou Alain Finkielkrault.

Oui, bibi aime les arts et la langue. Il est allé à la French Tech et il a fait de la poésie debout.
On a vraiment que là bibi, c’était un poisson dans l’eau. D’extraordinaires envolées. Les gens ont eu du mal à le suivre.

C’est le prix de l’avant-garde abstraite.

Alors bibi, il a beau dire que c’est pas lui
Tout le monde sait que c’est lui avant même qu’il ait eu le temps de dire que c’était pas lui juste après qu’il ait demandé à ses interlocuteurs : « vous allez bien ».

Après les « vous allez bien » que bibi adresse à son peuple, il n’y a jamais de point d’interrogation.

Parce que bibi
Il s’en fout.
C’est pas lui.

jeudi 23 août 2018

La Sphère


LA SPHERE

 

Je pensais ma pensée tout à fait sphérique, d’un volume fixe et établi. Mais ses contours, eux, sont très loin d’être fixes et établis. C’es de l’élastique, du chewing-gum, du caoutchouté.

Et la sphère, loin d’être obéissante à des liens logiques, avec des causes qui provoquent des conséquences

Des considérant, des attendus

Des développements

Des sous-développements

La sphère connaît de fortes variations de volumes et sa surface est floue.

C’est comme les jeux à bulles de savon des petits enfants :

Ca fait souvent une grosse sphère centrale qui guide la trajectoire dominante

Mais où d’autres sphères, plus grosses, plus petites

Excroissances de la sphère centrale

Se superposent

Se surajoutent

Se gonflent ou éclatent selon la configuration dans laquelle le tout se trouve.

 

Les sphères adjacentes se nourrissent en absorbant l’air de la sphère centrale de départ et la déplace ainsi sans cesse.

Ca décolle vers le ciel

Ca roule sur les surfaces planes

Ca heurte

Ca rebondit sur les formes concaves

Ca pète au sol

C’est poussé contre les murs, entre les murs, sous les murs

 

Ca veut s’échapper, ça cherche l’autonomie et ça bute et rebute.

C’est comme la pensée.

Des éléments a priori non désirés, non souhaités, tout à fait étrangers et qui pourtant viennent se coller à l’idée de départ qu’on croyait avoir dans sa pensée.

Et donc ça bifurque, ça perfore et le volume de départ n’est plus du tout le même.

Ca monte, descend, vrille, élargit ou rétrécit.

 

C’est qu’en fait il y a des sous-sphères dans la sphère.

Par exemple, il y a la sous-sphère où tout le relationnel vient se loger.

Il faut bien voir que la sphère traverse le corps entier.

Qu’elle ne se loge pas dans la tête.

La structure de la sphère et des sous-sphères est molle, en mouvement constant

Comme un cachet effervescent qui ne veut pas rester au fond du verre et fondre tranquillement et puis nous foutre la paix.

 

Si je me mêle à un groupe d’humains qui danse,

Ma sous-sphère du relationnel vient se loger D’un coup dans l’estomac

Et je vomis.

Si je me mêle à un groupe d’humains irréguliers qui vit dans l’ancien atelier à bobines

Ouvert aux quatre vents et tout infecté,

Qu’ils sont illégalement entassés là-dedans,

Avec six gamins sans godasse et dont l’aire de jeux, c’est le trottoir

Et qu’un beau jour ont leur en mur l’accès avec des parpaings bien durs,

Ma sous-sphère du relationnel vient se loger dans le cœur et dans les yeux

Et je pleure.

 

Entrent alors en piste la sous-sphère de la compassion

Suivie de près par la sous-sphère de la colère.

 

La sous-sphère de la colère peut se loger dans la mâchoire

Si on est verbeux, éventuellement sur le bout de la langue

La sous-sphère de la colère peut aussi venir picoter le bout des doigts

Elle peut faire fermer le poing.

On peut alors retourner les poings

Je veux dire mettre les paumes face au ciel

Et on peut voir toutes les sous-sphères qui cognent dans les veines devenues énormes

Et qui battent et qui pulsent.

Il arrive que des sous-sphères soumettent la sphère à de fortes dépressions.

 

Alors : soit on continue à serrer les mâchoires, ou les poings, ou les deux, enfin les quatre ;

Soit on taille dans les veines et on solutionne l’insoluble problème de la sphère et des sous-sphères car on vous met dans une caisse, dont le volume à été lui, préétabli. et donc on le connaît. Enfin, pas vous.

Et puis on recouvre de terre.

C’est quand même bien plus clair.

lundi 19 février 2018

À la baille




À la baille, je viens de balancer mon Moi. Il est là, je suppose en train de couler, de céder, de m’oublier. J’en attends un autre, un tout neuf, tout gentil et brillant. Mon Moi est naze : il surnage, surcharge, une vraie décharge. Il se planque dans les ondes et essaie de rebondir contre l’autre rive pour me revenir. L’onde est faite pour disparaître, mais telle qu’elle est là, maintenant, me renvoyer mon Moi en loucedé. Moribond, il fait des bons et a toujours joué au con. Il m’a bien regardé quand je l’ai balancé, ce vieux viandard, véritable plaie ouverte jamais contente qui m’a toujours porté préjudice.
Je jette un coup d’œil comme à la va-vite, l’air de rien : il se débat, ce vieux scélérat. J’ai oublié de le lester, de lister dedans Moi tout ce visqueux vieux fatras.

L’autre rive absorbe hésite attire repousse rappelle renvoie.
Je viens de fermer les yeux
Lâcher
Le vide le rien l’ordure le poids la matière
Le large enduit de l’ennui de l’hypocrisie de l’apathie de la duplicité
De la complicité
Le refus du monde comme il est
 il faut ânonner : Ce qui est, est
Ce qui est, est
Ce qui est, est
Ce qui est, est
Les repères orthonormés

Pressentir les mouvements de vie les liens
Et tout ce qui s’ensuit
Ça tisse détisse se retisse
Angoissé paralytique anesthésique exit

Je rouvre les yeux. Je ne vois plus l’onde. j’ai entendu un bruit. Là, juste là. Dans l’oreille interne. Ça bourdonne et redondonne. Une vraie tangente bélière.

Je ne sais pas ce que c’est.

Encore.

La substance
L’air
L’azur

Peut-être.