jeudi 23 août 2018

La Sphère


LA SPHERE

 

Je pensais ma pensée tout à fait sphérique, d’un volume fixe et établi. Mais ses contours, eux, sont très loin d’être fixes et établis. C’es de l’élastique, du chewing-gum, du caoutchouté.

Et la sphère, loin d’être obéissante à des liens logiques, avec des causes qui provoquent des conséquences

Des considérant, des attendus

Des développements

Des sous-développements

La sphère connaît de fortes variations de volumes et sa surface est floue.

C’est comme les jeux à bulles de savon des petits enfants :

Ca fait souvent une grosse sphère centrale qui guide la trajectoire dominante

Mais où d’autres sphères, plus grosses, plus petites

Excroissances de la sphère centrale

Se superposent

Se surajoutent

Se gonflent ou éclatent selon la configuration dans laquelle le tout se trouve.

 

Les sphères adjacentes se nourrissent en absorbant l’air de la sphère centrale de départ et la déplace ainsi sans cesse.

Ca décolle vers le ciel

Ca roule sur les surfaces planes

Ca heurte

Ca rebondit sur les formes concaves

Ca pète au sol

C’est poussé contre les murs, entre les murs, sous les murs

 

Ca veut s’échapper, ça cherche l’autonomie et ça bute et rebute.

C’est comme la pensée.

Des éléments a priori non désirés, non souhaités, tout à fait étrangers et qui pourtant viennent se coller à l’idée de départ qu’on croyait avoir dans sa pensée.

Et donc ça bifurque, ça perfore et le volume de départ n’est plus du tout le même.

Ca monte, descend, vrille, élargit ou rétrécit.

 

C’est qu’en fait il y a des sous-sphères dans la sphère.

Par exemple, il y a la sous-sphère où tout le relationnel vient se loger.

Il faut bien voir que la sphère traverse le corps entier.

Qu’elle ne se loge pas dans la tête.

La structure de la sphère et des sous-sphères est molle, en mouvement constant

Comme un cachet effervescent qui ne veut pas rester au fond du verre et fondre tranquillement et puis nous foutre la paix.

 

Si je me mêle à un groupe d’humains qui danse,

Ma sous-sphère du relationnel vient se loger D’un coup dans l’estomac

Et je vomis.

Si je me mêle à un groupe d’humains irréguliers qui vit dans l’ancien atelier à bobines

Ouvert aux quatre vents et tout infecté,

Qu’ils sont illégalement entassés là-dedans,

Avec six gamins sans godasse et dont l’aire de jeux, c’est le trottoir

Et qu’un beau jour ont leur en mur l’accès avec des parpaings bien durs,

Ma sous-sphère du relationnel vient se loger dans le cœur et dans les yeux

Et je pleure.

 

Entrent alors en piste la sous-sphère de la compassion

Suivie de près par la sous-sphère de la colère.

 

La sous-sphère de la colère peut se loger dans la mâchoire

Si on est verbeux, éventuellement sur le bout de la langue

La sous-sphère de la colère peut aussi venir picoter le bout des doigts

Elle peut faire fermer le poing.

On peut alors retourner les poings

Je veux dire mettre les paumes face au ciel

Et on peut voir toutes les sous-sphères qui cognent dans les veines devenues énormes

Et qui battent et qui pulsent.

Il arrive que des sous-sphères soumettent la sphère à de fortes dépressions.

 

Alors : soit on continue à serrer les mâchoires, ou les poings, ou les deux, enfin les quatre ;

Soit on taille dans les veines et on solutionne l’insoluble problème de la sphère et des sous-sphères car on vous met dans une caisse, dont le volume à été lui, préétabli. et donc on le connaît. Enfin, pas vous.

Et puis on recouvre de terre.

C’est quand même bien plus clair.

lundi 19 février 2018

À la baille




À la baille, je viens de balancer mon Moi. Il est là, je suppose en train de couler, de céder, de m’oublier. J’en attends un autre, un tout neuf, tout gentil et brillant. Mon Moi est naze : il surnage, surcharge, une vraie décharge. Il se planque dans les ondes et essaie de rebondir contre l’autre rive pour me revenir. L’onde est faite pour disparaître, mais telle qu’elle est là, maintenant, me renvoyer mon Moi en loucedé. Moribond, il fait des bons et a toujours joué au con. Il m’a bien regardé quand je l’ai balancé, ce vieux viandard, véritable plaie ouverte jamais contente qui m’a toujours porté préjudice.
Je jette un coup d’œil comme à la va-vite, l’air de rien : il se débat, ce vieux scélérat. J’ai oublié de le lester, de lister dedans Moi tout ce visqueux vieux fatras.

L’autre rive absorbe hésite attire repousse rappelle renvoie.
Je viens de fermer les yeux
Lâcher
Le vide le rien l’ordure le poids la matière
Le large enduit de l’ennui de l’hypocrisie de l’apathie de la duplicité
De la complicité
Le refus du monde comme il est
 il faut ânonner : Ce qui est, est
Ce qui est, est
Ce qui est, est
Ce qui est, est
Les repères orthonormés

Pressentir les mouvements de vie les liens
Et tout ce qui s’ensuit
Ça tisse détisse se retisse
Angoissé paralytique anesthésique exit

Je rouvre les yeux. Je ne vois plus l’onde. j’ai entendu un bruit. Là, juste là. Dans l’oreille interne. Ça bourdonne et redondonne. Une vraie tangente bélière.

Je ne sais pas ce que c’est.

Encore.

La substance
L’air
L’azur

Peut-être.

jeudi 1 février 2018

Infiltré dans les journées




Dans la brume de Diazépam je pressens le mouvement. Le bras va faire mouvement. Juste un petit petit moment. Un moment petit tout petit.
Pas encore. Attends.

Maintenant.

Voilà.

J’y suis.

Juste la vie autour.
Partout, encore.
Mouvement. Petit.
Soleil petit.
Petite perception de l’infiniment lent.
Petite conscience des lois rotatives.
Ce n’est pas moi qui tourne.
Ce sont les lois rotatives qui font tourner qui font le mouvement le défont le refont le défont
Tu n’as pas touché le fond.
Mouvement petit. Mettre la main sur le front ciller la peau-pierre.
Dissiper la brume et voir la dune, là.
Juste là.
Rouler dans les tambours.
Encore.
Tu croyais que la vie c’était toi mais c’est pas toi.

La vie c’est tout c’est le mur d’en face c’est le creux des bras c’est le petit regard bleu qui cherche confirmation c’est les éclats de voix les pas chancelants les bras ouverts la tristesse la colère les joues rougies par le rire c’est encore la morve au nez c’est remonter la selle et aller plus loin et avec toi c’est hausser les épaules devant les épreuves et les prendre aussi et prendre tout ensemble parce que beau ça l’est en vrai faut juste savoir le voir se défaire du noir sortir du soir qui s'est infiltré dans les journées.

C’est donner un coup de talon sortir des brumes et partir dans la dune.

lundi 29 janvier 2018

A vos postes





Flux et reflux de la pensée des gestes de la parole des langues des femmes et des hommes de la populace qui se masse atrophiée apostasiée anesthésiée et euphémisée. Identifiée par des bornes géolocalisées
– avec la globalité du dossier (vous ne pourrez nous opposer que vous étiez en terra incognita)

Viandaille code-barrisée en superpromo à l’hyper-mâché.

Vous êtes maintenant identifiés dans notre flux de données (BIG DATA, trop chers écervelés).
Nous avons des stoppeurs sous-payés sur tous les terrains. En plus de notre banque de données. Nous en avons une armée. Nous leur avons avons donné le marché que vous êtes.
Votre spontanéité.
Votre inventivité.
Nous avons aussi récupéré votre créativité. TOUT se réingère et nous avons encore faim.

Nous aurons toujours faim, lamentables agapes.

L’avant-centre poétique est resté sur le banc

L’avant-garde s’est perdue dans nos gradins en béton
Nous avons perdu son préavis de grêve du terrain –
Nous avons donc organisé la commémoration de la mort de Roland Barthes qui a réjoui tant de monde. Nous avons d’ailleurs bien joui de « l’effet -logie », souligné en son temps par un (faible et jaloux) esprit chagrin professant depuis la chaire désormais abolie.
Tabula rasa de tout cela pour mieux penser, sans contraintes, ni preuves, ni méthode.

Nos fondations sont davantage optimales :
Cartier
LVMH
Arte

L’exagération n’est plus qu’un frêle lointain feulement
Nous incarnons la très sainte modération
Nous sommes le bon sens et la logique
Et nous en voulons pour preuve nos algorithmes.
Nous avons pour solide espoir de prévoir, et donc de programmer, l’émotion humaine

Depuis Homère jusqu’à Tarkos, nous les avons tous eus
Restent d’inoffensifs trublions, et à l’usure, de même,
Nous les aurons.

Nous avons bâti, à votre vue, pierre à pierre
Une configuration si molle
Qu’il vous faudra vous salir les mains jusqu’à la fin (votre faim)
Et sur laquelle tout rebondit et rien ne peut plus avoir de prise
INCLUSIVE – DISRUPTIVE – ACCOMPAGNATRICE
ET économiquement SOLIDAIRE.

Vous finirez par vous résoudre à inoffensive hargne d’un syndicaliste du Trésor public
Nous en avons dit « EN RANG ! »
Qu’aucune tête, qu’aucune langue ne dépasse
Vous ne faîtes plus qu’un
Ca y est
Morphologiquement
Génériquement
Génétiquement
Linguistiquement
Spirituellement

Veuillez venir nombreux à notre colloque désormais annuel :
« De la spiritualité du techno-politique ou la poésie en tant qu’activité surnuméraire »
Le colloque sera conclut par une intervention de l’hologramme d’Yves Bonnefoy, qui nous entretiendra de l’ineptie du poiès (archi-mort).
Nous remercions Mme Nyssen, Ministre de la Culture pragmatique ; dont l’immense expérience professionnelle ne manquera de nourrir nos vastes et fastes réflexions que nous partagerons lors du gala de clôture ; d’avoir accepté le rôle ingrat de discutante (après Pierre Bergé)


vendredi 12 mai 2017

Boussole

Boussole



Je te vois, tu as la face dans l'écran
Tu marches lentement
Déjà débris anguleux
Os de seiche commune
Aspirant tous les courants
Toutes les succursales
Clochers
Mouvements et obédients

Les vices sédimentaires
L’inintelligence et le conservatisme
Les taux récalcitrants de la réaction
Sur l'ensemble, tu essaimes
Tu capitalises
Tu prospères

Les encoches de l'emBastillé
Sur les façades de minutes 
Tenues par d'indolents greffiers
- Tout est lié -
Et tu le tiens

Leurs vipérines astuces
Lentes mais constantes

La précocité du sens agricole
Vieux paysans de l'épargne et du crédit
Ils sont tous là

Doucereuse scansion de l'abomination
Terrain maintes fois tâté de la Nullité
Du jusque-là mal-assumé
Par le Centre et les côtés 
Désormais, c'est gravité

La juvénile illusion

Qui ne veut plus du bleu
Qui ne veut plus du rouge
Qui promet le règne du beige

Tout vient s'échouer
Dans le tain des traités pyramidaux






 

lundi 21 mars 2016

Je suis de ce flux




L'aube mouillée frigorifie les corps
Lumière lavasse qui vrille tout autour
Par grappes entières nous atterrissons là
Permanences de médecine d'urgence
Beaucoup de bleus au kilomètre
Presque ce bleu des nuits traversées dans la terreur ravalée
Qui vrille tout, dedans
Coquilles de noix à l'arrivée compromise incertaine
Précaire et non désirée

Les festins et les places, mirages – se dérobent
Différés – Temps élastique de l'immigration toute fraîche

Aspirations coulées par le fond
Maigres subsides d'une charité chichement arbitrée
Perfides suspicions de dysenterie – vrille abdomen océan de douleurs sorti d'un nuancier

Oubli des corps vivants et morts sur l'embarcation
Toute vicieuse et exsangue de promiscuité

Barbelés biens raides hérissés sur leurs côtes
Leurs côtes
Leurs cerveaux
Leurs regards

La bienséance retenue et polie des grands
La haine bien comprise des petits

Flash des tueries dans le temple

Mais là-bas chez moi, j'enseignais
Lui là-bas chez nous, il opérait

Ici des loqueteux sous des tentes des cartons dans la pestilence

Depuis l'enfance, nous rêvions de la belle Europe
Son regard cherche à nous dissuader
Elle sort la comptabilité les frontières les cars et leurs bleus

Organisation de la stagnation, de la persuasion
Du provisoire permanent

Au commencement du voyage, de l'exaltation pourtant
Le bruit des pas étouffés par notre sable, là-bas
Suivre la voix prometteuse

C'est un brutal déclassement une non-perspective à présent
Sur ce chemin des viols, des coups, des cris, de la terreur
Des enfants morts, secs comme du vieux bois
Des massacres pour une montre marchandable

Ici, on fait des calembours sur la libre circulation des personnes et des capitaux
Ô comparses serez-vous aussi vifs, volatils,
Aussi rieur qu'un petit capital qui passe et repasse leur côte ?

Seulement trois mois que nous sommes là
On nous propose un emplacement le long d'un de leurs périphériques
Telle est notre place
Le Royaume des pauvres
Les pauvres de qui ?

Lancinants, les entrechats de la mort convoyée par leurs soins

J'ai alors envoyé les enfants demander l'aumône
La cendre recouvre ma tête

Je suis de ce flux

mercredi 2 juillet 2014

Sous ta paupière pâle




Sous ta paupière pâle


Dans la lumière diffuse et bleutée du monde qui va s'éveillant -

Que geais, mésanges vertes, noires et quelques merles célèbrent en d'infinis palabres -

Tu es là sous le lin blanc étendue qui te fait presque statue -

Courbes qui montent et descendent -

Le sommeil encore souffle en toi

Sous ta paupière pâle, je sais tes yeux

Tes yeux bleus qui parfois me transpercent

De patience exaspérée où bat la vie.

Soudain ton pied sort du lin blanc et s'anime

Puis c'est fini.

Sous les tilleuls tu te tenais là-bas

Au bout du sentier je t'apercevais

Le sang cognant aux tempes et tremblant vers toi j'avançais

Et c'était donc toi.

Toi. TOI.

T.O.I.

Insensiblement se présentèrent les embûches faites de traîtrise

De ta démarche volontaire, tu tentais de les disperser là-bas

Loin

Mais les embûches revenaient.

À les conjurer mon amour tu t'employais.

Tu avais des bras pour deux, toujours.

La grâce soit sur toi.

Sur ton front éclatant beau et brillant, soleil véritable.

Figé et muet ton amour me porte au-dehors de moi pour et dans la vie pas bien    doué -

Le lin blanc sur ta cambrure

Le souffle du sommeil gorge ta poitrine

Je le devine d'abord puis ça y est, je l'entends

Chaud, à présent distinct et vite impétueux

Il te fait dévoiler ton mollet

Le regard la main aimantés

Le longer des doigts

Jusqu'à la cambrure sous le lin blanc et chaud

Chaud ton corps

Dans l'esprit le temps au fer rouge

Du côté de la vie qui éclate soudain là-haut

Et puis juste là

Si près que ça brûle la peau

Demander pardon

À toi je m'en remets

Je me tiens là recroquevillé

Tout coi dans ton panorama

Je me tiens là

Du côté de la vie qui éclate soudain

Devant toi

Aussi droit que je le peux

Au loin les non-dits et les errements stériles

Voici avec toi

La vie enfin qui éclate.