lundi 7 janvier 2019

L'Etablissement



L’Etablissement


Au sein de l’Etablissement
Il y a des conseillers

Des conseillers dédiés aux entreprises
Des conseillers dédiés à l’indemnisation
Des conseillers dédiés à l’accompagnement des demandeurs d’emploi (DE)

Au sein de l’Etablissement
Il y a trois modalités d’accompagnement des demandeurs d’emploi
La modalité dite Guidée (portefeuille de 400 DE)
La modalité dite Renforcée (portefeuille de 70 DE)
La modalité dite Suivi (portefeuille de 1000 DE)

L’enjeu majeur pour un conseiller en charge de la modalité Suivi est de ne jamais rencontrer physiquement ses DE. Le Suivi se fait exclusivement par mail ou par entretien vidéo. Les DE ressortissants de la modalité Suivi sont considérée par l’Etablissement comme les plus autonomes. C’est la crème des DE.

Au sein de l’Etablissement
Les demandeurs d’emploi sont distribués en catégories qui dépendent de leur ancienneté d’inscription auprès de l’Etablissement.

Il y a les demandeurs d’emploi nouvellement inscrits
Il y a les demandeurs d’emploi de longue durée
Il y a les demandeurs d’emploi de très longue durée

C’est en fonction des besoins d’accompagnement des demandeurs d’emploi que
NON
C’est en fonction de la volonté de l’Etablissement
Qui ne fait que relayer la volonté du Gouvernement
Que se construit l’offre de services de l’Etablissement
C'est-à-dire les prestations offertes aux demandeurs d’emploi par l’Etablissement

En 2015, l’Etablissement a refondu la quelque dizaine de prestations proposée et qui était délégué à de petits organismes de formations locaux

L’Etablissement a donc pensé qu’il serait plus efficient de refondre l’ensemble des prestations
Des prestations qui avaient pourtant faits leurs preuves, rôdées, éprouvées
En seulement trois prestations

L’Etablissement a donc recouru à un système national d’appel d’offres, les petits organismes de formation locaux furent conviés, eux-aussi, à répondre.
Mais les petits organismes de formation n’ont pas eu les moyens de répondre aux exigences des prestations, dont certaines demandaient un exorbitant investissement numérique, notamment pour le suivi à distance.

C’est donc logiquement que l’Etablissement a retenu des énormes groupes, à l’origine aucunement spécialisés dans l’accompagnement vers l’emploi, mais qui avaient pu s’équiper conformément aux exigences de l’appel d’offres de l’Etablissement, pour des dizaines de millions d’euros.

Les salariés des petits organismes de formation qui dispensaient les anciennes prestations de l’Etablissement ont donc perdu leur emploi.

Dans le même laps de temps, l’Etablissement a acheté des MOOCS à une société privée. Le MOOC pour rédiger sa lettre de motivation. Le MOOC pour bien réussir son entretien d’embauche. Le MOOC pour bien faire valoir ses atouts auprès des employeurs. C’était la même société privée qui avait mené la campagne numérique de Ségolène Royal.

Tout cela rentrait dans le cadre de la campagne de l’offre numérique du Service public. Même si l’Etablissement n’est plus un Service public.
Ca a fait plaisir au Gouvernement.
Dans le cadre de cette modernité numérique volontariste, on comprend aisément que l’inscription auprès de l’Etablissement ne se fasse plus que par le biais du site internet de l’Etablissement.

Il en est de même pour l’indemnisation.
C’est le MADU (Moteur Automatisé du Dossier Unique du demandeur d’emploi) qui détecte les justificatifs (attestation employeur, bulletin de salaire) que les demandeurs d’emploi auront eux-mêmes scannés et déposés sur leur espace personnel.

Dans ce contexte, l’Etablissement invite plus que fortement ses conseillers indemnisation à devenir des conseillers emploi.
Car à terme, selon les vœux de l’Etablissement, les conseillers indemnisation vont inexorablement disparaître. En effet, ils sont remplacés par le MADU.

Le conseiller indemnisation ne sera amené à intervenir si et seulement si le MADU aura été défaillant en ne détectant pas les pièces déposées par les demandeurs d’emploi dans leur espace personnel.

Pourtant, l’Etablissement avait longtemps encouragé la double compétence (indemnisation ET accompagnement vers l’emploi) : il appelait ça la culture commune.

Mais l’Etablissement change de culture comme de chemise, au gré des vents gouvernementaux.

L’Etablissement ne veut plus entendre parler de curriculum vitae
L’Etablissement veut qu’on dise dorénavant : profil de compétences

Une compétence, c’est un ensemble de savoirs, de savoir-faire et de savoir-être, utilisé dans un contexte professionnel.

SAVOIR-ÊTRE

Selon les membres de l’Etablissement, c’est de ce côté que ça pèche chez les demandeurs d’emploi.
Ils ont du mal à SAVOIR-ÊTRE.
La preuve en est qu’entre conseillers, on ne se dit pas :
« Il y a Mme Durand ou Mr Martin qui voulait te voir au sujet de son entrée en formation et de sa rémunération-région »
Mais :
« Y a ta petite dame ou ton p’tit monsieur qui voulait te voir »

Les demandeurs d’emploi ne savent être
Qu’en petit.
Forcément… Ces salauds, ils bossent pas. Dans l’ethos d’un conseiller, la plus haute marque de moralité des femmes et des hommes ne se mesure qu’à l’emploi qu’il ou elle occupe.
Hors de l’emploi, point de salut !

Si un demandeur d’emploi ne se rend pas à une convocation envoyée par son conseiller, il se voit radié des listes et perd son allocation.
Le demandeur d’emploi se fait petit pour passer sous les crocs menaçants de la radiation car ça lui paraît énorme la radiation au demandeur d’emploi.
Pour un conseiller, c’est rien.
Il coche trois, quatre cases dans le logiciel de l’Etablissement et la radiation disparait.

Mais le conseiller le fait rarement car le logiciel sait tout des activités du conseiller et comme dans un tribunal, il y a de redoutable maîtres des requêtes informatiques au sein de l’Etablissement.
Il le fait rarement. Autrement, il ne serait pas conseiller.
C’est son tout petit pouvoir à lui au sein de l’Etablissement. Quand il s’en sert, il prend des airs de conspirateur et s’assure qu’il n’y a personne aux alentours.
On croit trop souvent que les conseillers ont du pouvoir.
Ils n’en n’ont aucun.
Et ça, on ne peut le savoir qu’en faisant partie de l’Etablissement.
Quand il veut prendre une initiative ou rencontre une difficulté
Il lui faut en référer au référent de la question
Lequel en réfèrera à son N+1
Lequel pourra faire intervenir le N+2
Lequel à son tour pourra, si c’est nécessaire, en référer au N+3

Et la somme de (N+1) + (N+2) + (N+3) + (N+4) etc. est égale à un grand sac de N

C’est en faisant partie de l’Etablissement que je suis moi-même devenu, insensiblement
UN SAC DE HAINE


lundi 26 novembre 2018

La vie, c'est comme lécher un mur



La vie, c’est comme lécher un mur


Je ne me souviens plus comment j’ai atterri là.
C’était il y a quelques semaines.
C’était il y a quelques mois.
C’était il y a quelques années.

C’est quand tu as dit
J’en ai assez que tu m’emmures
J’avais répondu je t’emmure pas
Tu as répété si tu m’emmures
J’ai dit je comprends pas ce que tu dis je t’emmure pas du tout
Tu as dit c’est une façon de parler
Tu m’emmures avec ton silence
Tu m’emmures avec ton goût à rien
Tu m’emmures avec tes problèmes de relations
Tu m’emmures avec ta musique sans paroles
Tu m’emmures avec cet air que tu prends quand les gens parlent

C’est comme si tu avais un sourire inversé
Quand les gens rient toi tu fais la gueule
D’ailleurs tu veux jamais les voir les gens
C’est pour ça que je dis tu m’emmures
Parce qu’on dirait que pour toi
La vie, c’est comme lécher un mur

Je me souviens vaguement m’être rassemblé
Avoir je veux dire rassemblé tout mes forces bien contre ma langue
Et je t’ai dit que oui
Bien-sûr
La vie, c’est comme lécher un mur
Mais qu’avec toi quand je lèche le mur, il est un peu moins sec
Et alors t’es devenue t’es devenue d’un blanc que je connais bien
Le blanc d’un mur récemment crépi

Et tu as dit mais je suis pas ton lubrifiant

Alors depuis ces temps
Je lèche le mur sans lubrifiant
Directement avec la langue

J’ai essayé des lubrifiants de toutes sortes
J’ai essayé le lubrifiant à base de drogues
Je voyais toujours pas le bout de mon mur
J’ai essayé le lubrifiant à base de médicaments
J'ai essayé le lubrifiant à base d'alcool
J’avançais pas plus du léchage
J’ai essayé le lubrifiant avec les personnes d’un sexe
J’ai essayé le lubrifiant avec les personnes de l’autre sexe
Il me semblait que plus je le léchais plus mon mur il s’allongeait
J’avais la langue en sang
Alors je me suis dit
Tout bêtement
Arrête de lécher pour voir

Du coup, mon mur il a en profité pour se refaire une santé
Et je me suis trouvé avec le double à lécher
Le double de mon mur
C'est-à-dire quand je dis le double
C’est le miroir de mon mur
Un mur de chaque côté

Avec rien que ma langue
Ma seule et unique langue
Pour deux murs qui se font face

Pendant que je lèche j’ai évidemment les yeux libres
J’ai bien vu qu’ils commençaient à se rejoindre par les bouts
Mes deux murs

Avec moi et ma langue au milieu

Alors il faut que je lèche plus vite

Ou alors il faut que je les abatte ces murs
Mais ma langue n’est pas dure
Elle n’est pas souple et belle non plus
C’est rien qu’une langue qui lèche depuis mon origine

A moins que je ne me l’arrache
Et la vie, ce ne sera plus comme lécher un mur

dimanche 25 novembre 2018

Ça, c'est pas bibi




Ça, c’est pas bibi


Vous avez remarqué comme quand on lui pose une question sur ses intentions ou ses décisions
Bibi il a pris l’habitude de dire c’est pas bibi
Alors que tout le monde sait que c’est bibi
Bibi il se pose pas de question alors bibi il aime pas qu’on lui en pose
Surtout quand c’est lui.
Le grand truc à bibi c’est donc de dire que ça, c’est pas bibi
Bibi il dit : C’est ceux d’avant
Sauf que bibi il dit pas qu’il en était un peu de ceux d’avant
C’est bibi qu’était secrétaire adjoint de l’Elysée
C’est bibi qu’était ministre de l’économie
C’est donc bibi
Le CICE
Le Pacte de responsabilité
La Loi Travail
C’est pas bibi qui disait qu’il faut arrêter de porter des tee-shirt
Et mettre une belle cravate comme lui,bibi
C'est-à-dire que bibi il se dit que dans cet avant-là, où il était
Il était encore petit, dans sa belle minorité de bibi
Et quelque chose me dit que bibi, en 2008
Tout à fait hasard
Il aurait été tout à fait capable avec ses petit doigts enfantins de bibi junior dans sa banque d’affaires de faire éclater des bulles de sub-primes
Mais ça, c’est certainement pas bibi qui connaissait pas du tout les cours, les portefeuilles d’actions, les filères et les filiales, les salons, les arrières-salons, les cagibis de ces affaires-là.

Maintenant, bibi et sa bande ils sont aux commandes et ça, pour bibi, c’est un job facile
Il suffit d’avoir les yeux rivés sur un cap et rien d’autre
Mal payé
Mais facile comme job
Bibi a juste traversé quelques rues
Bibi il sort quelque fois de sa rue d’origine
Et il va visiter plein de trucs
Des écoles, des entreprises, des sous-marins, des tas de machins
Et c’est là que bibi
A chaque fois il parle à tort et à travers
Il peut pas s’empêcher bibi, où qu’il va, il fait des bourdes

Par exemple, quand il a fait sa première rentrée scolaire dans son nouveau et beau costume de maintenant, bibi a dit à un gamin que pour gagner de l’argent fallait surtout pas, mais alors surtout pas, être Président de la République.
Là où il a raison bibi, c’est pour la retraite. Et puis membre de droit du Conseil constitutionnel, c’est aussi la grande précarité.
Bibi il a une pédagogie bien à lui.
Que personne comprend trop, sauf lui et sa bande
D'ailleurs, ils sont d’accord qu’ils en font pas assez, de la pédagogie
Pour expliqué au petit peuple ce fameux cap mystérieux qu’il s’agit de tenir
Et pour l’aider à tenir son cap, bibi rencontre souvent sa tata allemande
Comme ça, bibi il a moins les pétoches quand il voit se pointer l’américain et le russe

Mais à force des bourdes dans sa pédagogie, bibi il est tout fatigué
Et quand bibi, il est fatigué
Bibi il va faire le mariole à Honfleur en blouson d’aviateur et il dit « mais non, moi bibi je suis pas fatigué » et il rentre dans les bistrots pour payer des coups à son petit peuple.
Des fois, bibi il est obligé de bien répéter cinq ou six fois que c’est pour lui la tournée car tout le monde dans les bistrots à l’air de s’en foutre comme de la première culotte à bibi.

Mais bibi, avec ses hautes fonctions, parce qu’il est quand même le chef suprême des armées le bibi, il peut pas se permettre de fréquenter que les troquets.

Il accueille les grandes et les grands de ce monde, des tas de gens très importants.
Le petit peuple, c’est bien gentil cinq minutes.
Et pour les accueillir, bibi il fait mettre les petits plats dans les grands et donc bibi, en tout bibi chef suprême qu’il est,
Il décide de faire changer la vaisselle du palais qu’il trouvait dépareillée
Pour 500 000 euros, bref pour bibi une vraie broutille et là, bibi s’est pas trop cassé question pédagogie : il a fait faire une boutique où y a des tasses, des assiettes, des tee-shirts où l’on a la chance de revoir bibi hystérique à la Coupe du Monde.

Mais en dehors de maintenir le cap, la vraie vocation de bibi c’est les arts et la langue.
Faut le comprendre bibi, depuis le lycée, il a sa prof de français sur le dos, ou inversement. Enfin ils font ce qu’ils veulent.

Le vrai truc à bibi, c’est les commémorations des troubadours du passé aux Invalides :
D’Ormesson, Hallyday, Aznavour.
Bibi, il doit d’abord montrer qu’il maîtrise les fondamentaux.
Dans le secret de son cœur, bibi aimerait commémorer un jour aux Invalides un authentique et véritable penseur d’envergure qui a influé sur la marche de son temps
Comme Xavier Niel, Mathieu Pigasse, Jean Quatremer ou Alain Finkielkrault.

Oui, bibi aime les arts et la langue. Il est allé à la French Tech et il a fait de la poésie debout.
On a vraiment que là bibi, c’était un poisson dans l’eau. D’extraordinaires envolées. Les gens ont eu du mal à le suivre.

C’est le prix de l’avant-garde abstraite.

Alors bibi, il a beau dire que c’est pas lui
Tout le monde sait que c’est lui avant même qu’il ait eu le temps de dire que c’était pas lui juste après qu’il ait demandé à ses interlocuteurs : « vous allez bien ».

Après les « vous allez bien » que bibi adresse à son peuple, il n’y a jamais de point d’interrogation.

Parce que bibi
Il s’en fout.
C’est pas lui.

jeudi 23 août 2018

La Sphère


LA SPHERE

 

Je pensais ma pensée tout à fait sphérique, d’un volume fixe et établi. Mais ses contours, eux, sont très loin d’être fixes et établis. C’es de l’élastique, du chewing-gum, du caoutchouté.

Et la sphère, loin d’être obéissante à des liens logiques, avec des causes qui provoquent des conséquences

Des considérant, des attendus

Des développements

Des sous-développements

La sphère connaît de fortes variations de volumes et sa surface est floue.

C’est comme les jeux à bulles de savon des petits enfants :

Ca fait souvent une grosse sphère centrale qui guide la trajectoire dominante

Mais où d’autres sphères, plus grosses, plus petites

Excroissances de la sphère centrale

Se superposent

Se surajoutent

Se gonflent ou éclatent selon la configuration dans laquelle le tout se trouve.

 

Les sphères adjacentes se nourrissent en absorbant l’air de la sphère centrale de départ et la déplace ainsi sans cesse.

Ca décolle vers le ciel

Ca roule sur les surfaces planes

Ca heurte

Ca rebondit sur les formes concaves

Ca pète au sol

C’est poussé contre les murs, entre les murs, sous les murs

 

Ca veut s’échapper, ça cherche l’autonomie et ça bute et rebute.

C’est comme la pensée.

Des éléments a priori non désirés, non souhaités, tout à fait étrangers et qui pourtant viennent se coller à l’idée de départ qu’on croyait avoir dans sa pensée.

Et donc ça bifurque, ça perfore et le volume de départ n’est plus du tout le même.

Ca monte, descend, vrille, élargit ou rétrécit.

 

C’est qu’en fait il y a des sous-sphères dans la sphère.

Par exemple, il y a la sous-sphère où tout le relationnel vient se loger.

Il faut bien voir que la sphère traverse le corps entier.

Qu’elle ne se loge pas dans la tête.

La structure de la sphère et des sous-sphères est molle, en mouvement constant

Comme un cachet effervescent qui ne veut pas rester au fond du verre et fondre tranquillement et puis nous foutre la paix.

 

Si je me mêle à un groupe d’humains qui danse,

Ma sous-sphère du relationnel vient se loger D’un coup dans l’estomac

Et je vomis.

Si je me mêle à un groupe d’humains irréguliers qui vit dans l’ancien atelier à bobines

Ouvert aux quatre vents et tout infecté,

Qu’ils sont illégalement entassés là-dedans,

Avec six gamins sans godasse et dont l’aire de jeux, c’est le trottoir

Et qu’un beau jour ont leur en mur l’accès avec des parpaings bien durs,

Ma sous-sphère du relationnel vient se loger dans le cœur et dans les yeux

Et je pleure.

 

Entrent alors en piste la sous-sphère de la compassion

Suivie de près par la sous-sphère de la colère.

 

La sous-sphère de la colère peut se loger dans la mâchoire

Si on est verbeux, éventuellement sur le bout de la langue

La sous-sphère de la colère peut aussi venir picoter le bout des doigts

Elle peut faire fermer le poing.

On peut alors retourner les poings

Je veux dire mettre les paumes face au ciel

Et on peut voir toutes les sous-sphères qui cognent dans les veines devenues énormes

Et qui battent et qui pulsent.

Il arrive que des sous-sphères soumettent la sphère à de fortes dépressions.

 

Alors : soit on continue à serrer les mâchoires, ou les poings, ou les deux, enfin les quatre ;

Soit on taille dans les veines et on solutionne l’insoluble problème de la sphère et des sous-sphères car on vous met dans une caisse, dont le volume à été lui, préétabli. et donc on le connaît. Enfin, pas vous.

Et puis on recouvre de terre.

C’est quand même bien plus clair.

lundi 19 février 2018

À la baille




À la baille, je viens de balancer mon Moi. Il est là, je suppose en train de couler, de céder, de m’oublier. J’en attends un autre, un tout neuf, tout gentil et brillant. Mon Moi est naze : il surnage, surcharge, une vraie décharge. Il se planque dans les ondes et essaie de rebondir contre l’autre rive pour me revenir. L’onde est faite pour disparaître, mais telle qu’elle est là, maintenant, me renvoyer mon Moi en loucedé. Moribond, il fait des bons et a toujours joué au con. Il m’a bien regardé quand je l’ai balancé, ce vieux viandard, véritable plaie ouverte jamais contente qui m’a toujours porté préjudice.
Je jette un coup d’œil comme à la va-vite, l’air de rien : il se débat, ce vieux scélérat. J’ai oublié de le lester, de lister dedans Moi tout ce visqueux vieux fatras.

L’autre rive absorbe hésite attire repousse rappelle renvoie.
Je viens de fermer les yeux
Lâcher
Le vide le rien l’ordure le poids la matière
Le large enduit de l’ennui de l’hypocrisie de l’apathie de la duplicité
De la complicité
Le refus du monde comme il est
 il faut ânonner : Ce qui est, est
Ce qui est, est
Ce qui est, est
Ce qui est, est
Les repères orthonormés

Pressentir les mouvements de vie les liens
Et tout ce qui s’ensuit
Ça tisse détisse se retisse
Angoissé paralytique anesthésique exit

Je rouvre les yeux. Je ne vois plus l’onde. j’ai entendu un bruit. Là, juste là. Dans l’oreille interne. Ça bourdonne et redondonne. Une vraie tangente bélière.

Je ne sais pas ce que c’est.

Encore.

La substance
L’air
L’azur

Peut-être.

jeudi 1 février 2018

Infiltré dans les journées




Dans la brume de Diazépam je pressens le mouvement. Le bras va faire mouvement. Juste un petit petit moment. Un moment petit tout petit.
Pas encore. Attends.

Maintenant.

Voilà.

J’y suis.

Juste la vie autour.
Partout, encore.
Mouvement. Petit.
Soleil petit.
Petite perception de l’infiniment lent.
Petite conscience des lois rotatives.
Ce n’est pas moi qui tourne.
Ce sont les lois rotatives qui font tourner qui font le mouvement le défont le refont le défont
Tu n’as pas touché le fond.
Mouvement petit. Mettre la main sur le front ciller la peau-pierre.
Dissiper la brume et voir la dune, là.
Juste là.
Rouler dans les tambours.
Encore.
Tu croyais que la vie c’était toi mais c’est pas toi.

La vie c’est tout c’est le mur d’en face c’est le creux des bras c’est le petit regard bleu qui cherche confirmation c’est les éclats de voix les pas chancelants les bras ouverts la tristesse la colère les joues rougies par le rire c’est encore la morve au nez c’est remonter la selle et aller plus loin et avec toi c’est hausser les épaules devant les épreuves et les prendre aussi et prendre tout ensemble parce que beau ça l’est en vrai faut juste savoir le voir se défaire du noir sortir du soir qui s'est infiltré dans les journées.

C’est donner un coup de talon sortir des brumes et partir dans la dune.

lundi 29 janvier 2018

A vos postes





Flux et reflux de la pensée des gestes de la parole des langues des femmes et des hommes de la populace qui se masse atrophiée apostasiée anesthésiée et euphémisée. Identifiée par des bornes géolocalisées
– avec la globalité du dossier (vous ne pourrez nous opposer que vous étiez en terra incognita)

Viandaille code-barrisée en superpromo à l’hyper-mâché.

Vous êtes maintenant identifiés dans notre flux de données (BIG DATA, trop chers écervelés).
Nous avons des stoppeurs sous-payés sur tous les terrains. En plus de notre banque de données. Nous en avons une armée. Nous leur avons avons donné le marché que vous êtes.
Votre spontanéité.
Votre inventivité.
Nous avons aussi récupéré votre créativité. TOUT se réingère et nous avons encore faim.

Nous aurons toujours faim, lamentables agapes.

L’avant-centre poétique est resté sur le banc

L’avant-garde s’est perdue dans nos gradins en béton
Nous avons perdu son préavis de grêve du terrain –
Nous avons donc organisé la commémoration de la mort de Roland Barthes qui a réjoui tant de monde. Nous avons d’ailleurs bien joui de « l’effet -logie », souligné en son temps par un (faible et jaloux) esprit chagrin professant depuis la chaire désormais abolie.
Tabula rasa de tout cela pour mieux penser, sans contraintes, ni preuves, ni méthode.

Nos fondations sont davantage optimales :
Cartier
LVMH
Arte

L’exagération n’est plus qu’un frêle lointain feulement
Nous incarnons la très sainte modération
Nous sommes le bon sens et la logique
Et nous en voulons pour preuve nos algorithmes.
Nous avons pour solide espoir de prévoir, et donc de programmer, l’émotion humaine

Depuis Homère jusqu’à Tarkos, nous les avons tous eus
Restent d’inoffensifs trublions, et à l’usure, de même,
Nous les aurons.

Nous avons bâti, à votre vue, pierre à pierre
Une configuration si molle
Qu’il vous faudra vous salir les mains jusqu’à la fin (votre faim)
Et sur laquelle tout rebondit et rien ne peut plus avoir de prise
INCLUSIVE – DISRUPTIVE – ACCOMPAGNATRICE
ET économiquement SOLIDAIRE.

Vous finirez par vous résoudre à inoffensive hargne d’un syndicaliste du Trésor public
Nous en avons dit « EN RANG ! »
Qu’aucune tête, qu’aucune langue ne dépasse
Vous ne faîtes plus qu’un
Ca y est
Morphologiquement
Génériquement
Génétiquement
Linguistiquement
Spirituellement

Veuillez venir nombreux à notre colloque désormais annuel :
« De la spiritualité du techno-politique ou la poésie en tant qu’activité surnuméraire »
Le colloque sera conclut par une intervention de l’hologramme d’Yves Bonnefoy, qui nous entretiendra de l’ineptie du poiès (archi-mort).
Nous remercions Mme Nyssen, Ministre de la Culture pragmatique ; dont l’immense expérience professionnelle ne manquera de nourrir nos vastes et fastes réflexions que nous partagerons lors du gala de clôture ; d’avoir accepté le rôle ingrat de discutante (après Pierre Bergé)